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Lecture confinée n°1 : "Boys" de Pierre Théobald

Lecture confinée, on va essayer de s'amuser un peu quand même...
J'aimerais aujourd'hui vous proposer une lecture en live d'une nouvelle (ou plusieurs ?) de "Boys", de Pierre Théobald. Nous avons eu la chance de l'accueillir il y a quelques mois, et aujourd'hui, pour cette première lecture confinée, j'ai envie de "continuer" un peu cette rencontre, et vous faire découvrir cet auteur incroyable, si d'aventure, vous êtes passés à côté de "Boys"...

On rencontre des gens, on se croise. On lit, on découvre, on apprend, on est surpris on se surprend. On invite, on prépare des rencontres on nous en propose. On choisit des textes, des questions. Durant une heure parfois un peu plus, on partage un truc. Un vrai truc. Avec l'auteur. Le public. Les collègues. Avec l'oeuvre.

On fait notre boulot quoi. Puis boum. On lit un texte comme ça. Un éphémère. Un échantillon de vie d'une puissance pas possible.

Et on sait ce qu'on fait là. Pourquoi on est là. Et maintenant, je vous laisse avec ses mots...

Martin.

"On était quoi ? Une quinzaine. Une vingtaine ? Saint-Dié, je n’y avais jamais foutu les pieds je crois. Non plus que dans la librairie Le Neuf par conséquent. Dehors il faisait un soleil de cinglé. L’été de bon matin, déjà. Une quinzaine, une vingtaine d’inconscients, d’inconnus, avaient préféré venir s’enfermer pour discuter bouquin, écriture, doutes et enthousiasmes – “les hauts, les bas” –, une heure, deux heures durant. Martin avait lu des extraits de Boys avec une intensité à flanquer des larmes. À propos du livre, Olivier avait eu des mots d’une bienveillance déraisonnable. Sam, à l’origine de l’invitation, avait fait du Sam. La bonté même. Passeur décisif, la générosité faite mec – à se demander où il peut planquer tout ça. Dans sa robe vaporeuse, magnétique, Krys avait pris le relais, pas le choix, Sam l’y avait contrainte : dans le passage qu’il avait retenu et qu’elle a lu à voix nue, il y avait un message. Adressé à elle, et à elle seulement.

Et puis elle a pris la parole.

Elle.

Au premier rang. D’une voix ferme, assurée. D’une voix ferme et douce. “J’ai 75 ans”, elle a dit. Elle avait lu Boys. Je cite, de mémoire. “J’ai 75 ans, elle a dit. Dans ma génération, les hommes ne parlent pas. Ne se confient pas. Sont verrouillés. Avec ce livre, je les ai découverts. J’ai découvert les hommes.” Silence. “La tendreté des hommes, elle a conclu. La tendreté des hommes. J’ai compris ça.”
Bouche bée.
Mes yeux ont dit “merci”, mais pas assez fort, pas assez vite. Pas. Assez.
J’aurais aimé lui souffler un mot à la sortie.
Elle était déjà partie.
La dame du premier rang.
Des fois, on se demande pourquoi on écrit. Sérieux. C’est idiot, orgueilleux, ça bouffe la vie, souvent ça rend malheureux, indécis. Hier, comme elle, j’ai compris. J'ai compris pourquoi."

Pierre Théobald, 2 juin 2019.