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Elizabeth P.

Cœur-Volant
20,50
24 mai 2016

Coeur-volant

« Manutentionnaire d’essences », « Maître de la crypte aux parfums », le narrateur est en fait magasinier dans une parfumerie. L’amour des beaux mots et la lecture de Rilke lui permettent d’assumer sa condition plutôt médiocre.
Il est fou d’amour pour son aimée, la belle Natacha, et avec elle s’enivre de l’élégance de Paris.
Une histoire somme toute banale, mais alors, quel délice de lecture.
L’auteur se délecte à jouer avec les mots, et c’est un ravissement pour le lecteur.
Les phrases sont belles, parfois alambiquées, parfois obscures, mais toutes pleines de fragrances. C’est sensuel, lyrique, poétique.
L’écriture est ambitieuse, mêlant modernité très contemporaine et ton ancien à la manière de poètes des temps passés.
Et puis, tous ces beaux mots mystérieux : clepsydre, notule, opoponax, aldéhyde, chanturgue…
La puissance d’un style qui émerveille et réussit la prouesse de ne jamais lasser, de rester léger et d’amener parfois le sourire aux lèvres.
Il y a un parfait accord avec l’auteur, que j’ai découvert sur internet, en qui l’on décèle une préciosité, une classe, une finesse, une intelligence qui ressemblent à son écriture.

La couleur de l'aube

Lahens, Yanick

Sabine Wespieser Éditeur

10,00
23 mai 2016

la couleur de l'aube

Huit ans après sa parution, "La couleur de l’aube" est réédité en poche, et c’est une excellente initiative.
Une grande humanité se dégage de ce roman.
Que Yanick Lahens décrit bien son pays ! Dès les premières pages on est pris dans un tourbillon de couleurs, de senteurs, de violence, au milieu d’une population sans espoir, démunie et désorganisée Pour se faire l’écho de son peuple, elle utilise deux sœurs inquiètes de la disparition de leur jeune frère, Fignolé, qui mène sa vie « à fleur de mal ».
Angélique, l’aînée, fait partie des vaincus, des résignés.
Joyeuse, la cadette est tournée vers la vie, la joie, la rébellion.
Leur mère les protège tous trois d’un amour inconditionnel et bienveillant.
Misère, incertitude, violence et peur sont le quotidien des personnages. Paradoxalement, à tous les rêves déçus se mêle la joie de vivre.
L’écriture est poétique et envoûtante. Il y a, chez Yanick Lahens comme chez Dany Laferrière, un amour et une désespérance de leur pays qui sont traduits par une écriture forte et poétique. Les lire, c’est s’éprendre d’Haïti, c’est ressentir une compréhension et une compassion sincère pour les haïtiens.

Magnificence

Le Cherche Midi

21,00
18 mai 2016

Magnificence

Susan a un caractère bien particulier, est un brin nymphomane, et jette un regard froid et cynique sur les hommes. Quand son mari meurt assassiné, elle se sent coupable et « meurtrière ».
Peu après, elle hérite d’un grand-oncle qu’elle ne connait pratiquement pas : une immense maison, presque un palais, envahie d’animaux empaillés.
Cette étrange maison, où elle se sent rapidement à l’aise, influence et transforme son caractère.
Ce livre est aussi étrange que cette maison, aussi étrange que Susan.
Le style est agréable, les personnages, avec leurs doutes et leurs culpabilités, bien décrits et analysés. L‘influence des lieux qu’on habite et les modifications qu’ils peuvent apporter sur notre personnalité est le sujet majeur de ce texte fort bien écrit.
C’est le dernier volet d’une trilogie, faisant suite à « Comment rêvent les morts » et « Lumières fantômes »

Quoi qu'il arrive

Laura BARNETT

Les Escales Éditions

8,99
12 mai 2016

Quoi qu'il arrive

Sur le bandeau de couverture il est écrit : « Aussi beau Qu’un jour de David Nicholls »
Hum ! Le problème c’est que je n’ai pas vraiment aimé Un jour de David Nicholls.
Tant pis, voyons !
Eva sort avec David, mais rencontre Jim dont elle tombe amoureuse. Tous trois sont étudiants à Cambridge.
Cette histoire est racontée selon trois versions
- Eva quitte David et épouse Jim
- Eva épouse David mais pense toujours à Jim
- Eva épouse David, puis vit avec Jim après son divorce
Le problème c’est que c’est une histoire terriblement banale écrite d’une plume terriblement banale.
Alors, trois versions, ça fait long (458 pages quand même), d’autant que les trois versions s’entremêlent au fil des années (de 1958 à 2014 quand même), et qu’on y perd un peu son latin.
C’est long une vie, et ce roman est long. Il y a matière à en écrire trois.
J’ai eu la tentation d’abandonner plusieurs fois, me suis emmêlée dans les versions, me suis perdue dans les noms, surtout quand les petits-enfants font leur apparition.
Malgré tout l’idée est originale et fait écho à la vie de chacun soulevant cette question :
Et qu’aurait été ma vie si j’avais fait tel ou tel choix plutôt que tel autre ?
Si j’ai été moyennement sensible à cette lecture, je suis sûre qu’elle enchantera de nombreux lecteurs, ceux-là même qui furent séduits par « Un jour » de David Nicholls. Le schéma est un peu le même sous une autre forme.

Treize

Rue Fromentin

16,00
9 mai 2016

Treize

Alice a treize ans. Elle pâme d’admiration devant sa sœur de presque seize ans.
Cet été, comme d’habitude, la famille part en vacances dans le sud. La présence d’un collègue et ami de son père va bouleverser la vie de toute la famille.
C’est un roman sur l’adolescence et les transformations qu’elle engendre.
Alice est une enfant intelligente, d’une grande maturité, très intériorisée. Elle porte un regard lucide sur ses parents, sur les adultes en général.
C’est la transformation du corps, les premiers émois. Ce sont les interrogations, les incompréhensions, les doutes et les complexes, le mal-être.
Un portrait fin et juste de l’adolescence, avec du suspens jusqu’au bout pour découvrir en toute fin le drame de cet été-là.
L’ambiance familiale est parfaitement rendue : la tendresse bienveillante du père, la désinvolture de la sœur, les névroses de la mère.
L’écriture est agréable et le roman se lit bien, même si on a parfois l’impression de tourner un peu en rond.